Il a plu pendant la nuit, ce qui a trempé le bout de mon sac de couchage aux pieds... Hyper désagréable ! Étant en mode de vie cycliste depuis 2 mois, je paye très cher les quelques bières de la veille... En plus de cela j'ai des courbatures énormes aux quadriceps. J'ai du mal à m'accroupir puis me relever et tendre les jambes, en plus je ne sens plus d'énergie dans mes jambes. La journée s'annonce rude. Je pars à un tout petit rythme. Heureusement les premiers 20km sont abordables mais je lutte terriblement pour exercer une poussée convenable sur mes pédales.
Je m'arrête prendre un mochaccino à Arrowtown avant de prendre un sentier qui semble suivre la rivière. Il la suit... mais de haut ! Après 500m je traverse la rivière et attaque d'emblée sur le Tobins Track, une montée sur chemin de terre tantôt caillouteux à 10 ou 15% à vue de nez. Je préfère en baver sur une côte en terre que avec les voitures de touristes sur route... Pas forcément la plus brillante idée du point de vue difficulté et considérant mon misérable état de forme. Je descends rapidement presque tous mes braquets. Un type à pied à bonne allure me double. Je roule à 3 ou 4 km/h tout en luttant pour garder l'équilibre. Le soleil est bien présent mais le vent me glace chaque perle de sueur. Un vieil homme me double en pick-up de si prêt que je dois m'arrêter pour ne pas tomber sous ses roues. Repartir en pleine côte de graviers est un enfer. C'est la raison pour laquelle je ne m'arrête jamais au milieu d'une ascension, redémarrer est encore plus pénible et difficile que de prendre la douleur des jambes sur soi et continuer. J'arrive à remonter quelques centaines de mètres avant de m'arrêter à cause de nausée. De grande bouffée d'air et un peu d'eau suffisent pour repartir. Mais 2 minutes plus tard, je perds l'équilibre et tombe côté ravin. Heureusement 30cm d'herbes sont là pour me réceptionner. Je prends donc conscience de l'urgente nécessité de m'arrêter pour boire plus, respirer, bref reprendre mes esprits et me reconcentrer. Des promeneurs m'encouragent alors que je suis assis sur un rocher, dépité et comateux. Après un moment certainement long sur ce rocher je repars sur le vélo car oui vu la pente, ce serait encore plus galère de pousser le vélo... Je m'arrache sur les deux derniers kilomètres pour arriver à la gravel road qui, pour une fois, je suis content de trouver. Je m'arrête à nouveau quelques minutes assis dans l'entrée d'un champ avant d'aborder cette étape. En léger faux plat et large, c'est un bonheur comparé au Tibons Track.
J'arrive assez vite à la route normale ce qui, même en côte, est presque un paradis comparé à ce que je viens de prendre. Le sentiment de répit disparaît vite dès lors que le dénivelé reprends la main vers le sommet de la plus haute route de Nouvelle-Zélande. Cette fois j'y suis. Je fais face à une étape de montagne, une vraie, avec d'étroites routes et des épingles à cheveux à tire-larigot, pas de végétation, pas d'ombre, seulement un vent glaçant et des voitures et vans lâchant tous leur sales gaz d'échappement (comme ils en bavent aussi les pauvres moteurs) et un gradient de pente bien costaud pointant jusque 12%... Je m'accroche mais dois m'arrêter pour faire passer quelques voitures et aussi parce que je subis cette montée. Je rattaque décidé à vaincre cette montagne et arrive enfin au point de vue... qui n'est pas celui du sommet ! Faux espoir, je m'arrête tout de même pour la photo et repars rapidement. Le dernier kilomètre n'est pas le pire heureusement. A la pancarte je pose mon vélo et m'allonge sur un morceau d'herbe grillée, exténué. Un autre cycliste est là, il roule dans l'autre sens. On dirait que j'ai pris le sens le plus dur ! Je mange quelques biscuits, bois et ferme les yeux pour un petite sieste tellement j'en peux plus.
Au moment de repartir un van s'arrête. Des bretons me demandent d'où je suis ayant mon drapeau fièrement accroché au vélo. On discute un peu ce qui me redonne vie pour une descente continue jusque Wanaka. J'espère partir à toute allure mais après 1km ma chaine se bloque. Je ne comprends pas tout de suite. Puis ma découverte me glace le sang. Mon drapeau s'est enroulé tout autour de la cassette et du dérailleur... Par chance il n'a pas bloqué la roue côté disque mais seulement la chaîne. J'aurais pu salement tomber à 60km/h. Je m'arrête pour décrocher mon drapeau devenu chiffon, pas déchiré mais noir de cambouis.
Le vent se lève face à moi et ralenti ma progression. Le gradient de la pente diminue aussi et me force à puiser dans mes ultimes réserves pour avancer. Je m'arrête deux fois supplémentaires pour me ravitailler de biscuits et enfin joindre Wanaka. Une fois au camping je peine à installer ma tente puis je reste comater dans la douche, ne trouvant plus d'énergie pour en sortir. Je tente de manger un peu de muesli, n'ayant pas la force de cuisiner ni vraiment d'appétit. Il est à peine 20h quand je m'écroule de fatigue dans ma tente.